Lectures,
et rencontres littéraires
en Normandie

Du 24 mai
Au 2 juin
2013

VIVIANE ELISABETH FAUVILLE, DANS UN MELO DE TELEFILM Viviane Elisabeth Fauville Julia Deck Editions de Minuit

Agnès Maupre, le Mardi 7 Mai

Bourgeoise, divorcée, mère tardive d'une enfant générique, sans visage, Viviane Elisabeth Fauville surnage dans son divorce, surnage dans son emploi au sein de la société Bétons Biron. Et Viviane Elisabeth Fauville a tué son psy. Sa psychanalyse ne l'avançait à rien, constat plus cruel encore dans les turbulences de son divorce. Et là, le mot de trop. Le couteau. Le sang.

 

Mais comment ne pas tomber dans les rets de la police quand on est une bourgeoise divorcée, mère tardive d'une enfant générique, pas tellement pénible, certes, qui ne pleure jamais, mais présente, néanmoins? Viviane se mêle à l'enquête, suit les méandres de la vie du psy qui se fondent dans ses propres déambulations.

 

Julia Deck aspire le lecteur dans le sillage de cette meurtrière, nous enfilant au chausse pied dans sa peau à coups de "vous" répétés, martelés au long du livre. On y pénètre comme dans un bain froid.On est Viviane Elisabeth Fauville mais sans empathie, ni pour elle, ni pour le monde qui l'entoure.

 

On arpente Paris à sa suite, égaré, dans le métro, dans des bazars, dans des cafés, dans des quartiers populaires dont elle semble n'avoir guère l'habitude. Le désordre de Paris (désordre souvent un brin bourgeois et photogénique) correspond à son désordre intérieur.

 

Elle rencontre une flopée de personnages liés au psy, essayant comme elle peut de se rapprocher de son crime et de retrouver le fil de son existence.Elle interroge de café en café ces figures de vaudeville aux noms absurdes : Angèle Trognon, maîtresse provinciale; Tony Boujon, patient névrosé nanti d'un casier; Gabrielle Sergent, née Sherbatoff, veuve classieuse propriétaire d'un amant exotique, Silverio da Silva ; madame Urdapilla, concierge de son état...

 

Au centre de ces personnages aussi irréels qu'elle, Vivianne Elisabeth Fauville continue de se désagréger, peinant à trouver quelque consistance, dans sa nuageuse et conventionnelle errance.

 

L'écriture de Julia Deck, un brin surjouée, flirte souvent avec le lieu commun.La langue, légèrement décalée et artificielle et la valse des pronoms personnels dans lesquels se glisse le fantôme Vivianne Elisabeth Fauville nous éloigne encore d'elle et de son malheur banal de bourgeoise entre deux âges. Les mots sont choisis avec une attention joaillière mais de bijoutier fantaisie, jouant avec le clinquant, le faux, sertissant des verroteries dans une monture en pacotille.

 

Un rebondissement de téléfilm vient parfaire comme un glaçage ce récit étrangement distant.

 

"Un perroquet sur son perchoir. Un psy dans son fauteuil.

C'est à peu près l'heure où vous auriez dû y être. Assise à deux mètres de lui, vous tritureriez vos doigts à la recherche de votre alliance absente, d'une association valable qui vous attirerait un petit satisfecit. Et l'autre serait à sa place, absorbé par le spectacle du mur derrière vous. Ses pognes reposeraient sur son estomac, il méditerait une recette de cuisine ou un problème de mots croisés en attendant que vous vous montriez à la hauteur de la discipline, que vous acceptiez de renoncer à vos manoeuvres défensives pour devenir...

Devenir quoi, au juste."

 

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