Lectures,
et rencontres littéraires
en Normandie

Du 24 mai
Au 2 juin
2013

Le garçon qui voulait dormir, Aharon Appelfeld traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti (Points Seuil.) (Agnès)

Agnès Maupre, le Vendredi 3 Mai

A la fin de la seconde guerre mondiale, Aharon Appelfeld s'appelle encore Erwin. Il n'a que dix-sept ans mais il est à la croisée des chemins. La guerre l'a séparé de sa famille, de sa Bucovine natale. Au sein d'un groupe de réfugiés, il est entraîné de Naples à la Palestine, vers un Israël en formation.

 

Mais quand les autres marchent, lui se laisse porter. Le sommeil vient le happer à tout instant, le séparer du groupe de survivants pour le faire vivre parmi les fantômes. Les réfugiés ne l'abandonnent pas sur le bord de la route mais le portent à bout de bras à tour de rôle, se le passant non comme un poids mort mais comme un flambeau, entretenant l'idée que le jeune garçon est en contact avec le monde des esprits et que quand il se réveillera, il les éclairera, il les réchauffera.

 

Mais Erwin revient du sommeil sans révélation, sans évidence. Dans le sommeil, il questionne.

 

Comment se rester fidèle quand on laisse tout derrière soi pour marcher vers une vie neuve ?

 

Comment marcher vers un pays neuf, une langue neuve sans briser les coeurs des morts ?

 

Le récit d'Appelfeld est diaphane, sans poids. Le lecteur accompagne Erwin dans son voyage, le voit se muscler, bronzer, en compagnie d'autres jeunes futurs Israéliens. Mais on voit tout cela à travers un brouillard bleu. Ce qui compte est le sommeil. Le sommeil qui ramène Erwin à sa maison, à sa famille, perdues pendant la guerre.

 

Les mondes, les époques cohabitent. Ils doivent cohabiter. Comment être vivant en laissant les morts n'être que morts?

 

Une langue recouvre l'autre, un nouveau nom efface la vieille identité et l'homme pousse, laissant la peau de l'enfant comme une vieille mue sur le sol.

 

Erwin apprend l'hébreu, accepte de prendre le nom d'Aharon. Petit à petit, s'il perd sa langue maternelle en suivant du doigt les circonvolutions de la lettre hébraïque, il retrouve quelque chose de son père dans le désir d'écrire, poursuivant un sentier familial, autrement, ailleurs, mais conservant une saveur du passé.

 

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