Lectures,
et rencontres littéraires
en Normandie

Du 24 mai
Au 2 juin
2013

Histoire d’une vie, Aharon Appelfeld

Lise Fonteneau, le Vendredi 3 Mai

«La mémoire et l’imagination vivent parfois sous le même toit» L’oubli aussi. Dans Histoire d’une vie,

Aharon Appelfeld tente de rassembler les mots justes afin de reconstituer le puzzle de son enfance, les

pièces manquantes de son passé et de ses origines. La vie de cet enfant ukrainien d’origine juive prend

un tournant funeste dès 1937 alors qu’il est âgé de sept ans : «L’ordre temporel s’en trouva bouleversé, il

n’y eut plus d’été ni d’hiver, plus de longs séjours chez les grands-parents à la campagne. Notre vie fut

comprimée dans une chambre étroite. Nous restâmes un temps dans le ghetto et à la fin de l’automne nous

fûmes déportés. Nous passâmes des semaines sur les routes, pour arriver finalement au camp.».

Quelques mois après, il s’échappe du camp et trouve refuge dans les forêts ukrainiennes. Durant trois ans,

le petit garçon se débrouille pour survivre loin des horreurs du camp. Comme un petit animal, il se cache,

observe la nature. «Parfois l’imagination peut nous sauver». Enfermé dans un profond mutisme, le petit

garçon puise en effet la force nécessaire dans son imaginaire. Pour survivre, il ramène ses parents d’entre les

morts. Protéger par eux, il se laisse guider vers différents chemins en dehors de la forêt.

Un nouveau refuge va naître, celui de l’écriture. Le petit garçon grandit, évolue et l’oubli s’installe au fur

et à mesure. Son rapport à l’écriture s’intensifie au fil des lieux, au fil des rencontres, au fil des années.

Intérieurement, il mène une vie d’errance entre la mémoire et l’oubli, une lutte de tous les instants, où il doit

trouver un moyen pour préserver les souvenirs de son enfance. Il commence alors un journal, où il y note

certains mots en yiddish et en allemand. Des mots qui vont maintenir en vie le souvenir des siens. «Pendant

la guerre ce n’étaient pas les mots qui parlaient, mais le visage et les mains. Du visage, vous appreniez dans

quelle mesure l’homme à qui vous aviez affaire voulait vous aider ou vous agresser. Les mots n’aidaient en

rien à la compréhension. Les sens apportaient la bonne information. Ce n’est qu’après la guerre que les

mots refirent surface. Les gens recommencèrent à poser des questions, abasourdis, et ceux qui n’avaient pas

été là-bas réclamaient des explications. C’étaient des misérables et ridicules explications, mais le besoin

d’expliquer et de donner un sens est, semble-t-il, tellement ancré en nous que, même si on connaît leur peu

de valeur, on ne peut s’empêcher de les fournir. C’est évident : il y avait dans ces tentatives un effort pour

revenir à une vie civile normale, mais rien n’y faisait, l’effort était ridicule.».

Entre rêve et réalité, seule la mémoire d’Aharon possède la clé. Comment se souvenir de son enfance

soixante-sept après ? Ce livre est un récit intimiste où les fragments de mémoire et de contemplation

s’entremêlent. Dans Histoire d’une vie, on comprend que malgré le silence imposé, chaque mot, chaque

geste, chaque partie du corps, chaque personne, chaque rencontre, chaque lieu et objet sont des déclencheurs

de souvenirs enfouis en lui.

 


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